Marc Aurèle – Extrait 1

Marc Aurèle – Extrait 1

« Entre tous les principes qui forment le monde, honore celui qui est le plus puissant de tous; et celui-là, c’est le principe qui met toutes choses en œuvre et qui les pénètre toutes. Par la même raison, entre les éléments qui sont en toi, honore aussi le plus élevé et le plus puissant; car il est de même ordre que le principe universel, puisque c’est lui qui met en toi tout le reste en action et qui gouverne ta vie. »

Marc Aurèle – Pensées pour moi même

Le féminin et le sacré contre le féminisme

Lorsqu’une arrière-garde « féministe » se soucie de féminiser le mot « ministre » (lorsqu’elles ne se veulent pas « hauteures » !) d’autres femmes plus avisées commencent à comprendre qu’avec la disparition du Sacré, qui signifie le triomphe des Normes utilitaires et profanes, c’est, dans son essence la féminité qui s’est retiré de la scène du monde occidental. Il suffit de comparé le rôle qu’ont pu jouer dans l’histoire et dans la mémoire de leur pays une Jeanne d’Arc, une Marguerite de Navarre ou une Hildegarde de Bingen avec le rôle d’une ministre, fût-elle parvenu à changer le genre du mot qui désigne sa fonction, pour mesurer la part dérisoire que les républiques et les démocraties modernes accordent à la femme et à la féminité. L’histoire nous montre d’innombrables exemples de féminité combative, intellective et métaphysique. L’extinction progressive du sens du Sacré n’a pas seulement privé les hommes des plus hauts accomplissements de la virilité spirituelle, elle fut aussi la cause de la domestication de la femme. On peut douter que le combat du féminisme, caractérisé par l’étroitesse de ses revendications pût être de quelque façon propice à la dédomestication de la femme.

Luc-Olivier d’Algange – Éloge de la rencontre et de la dissemblance

Georges Bernanos – Extrait 6

Georges Bernanos – Extrait 6

« L’objection qui vient aux lèvres du premier venu, dès qu’on met en cause la Machinerie, c’est que son avènement marque un stade de l’évolution naturelle de l’Humanité! Mon Dieu, oui, je l’avoue, cette explication est très simple, très rassurante. Mais la Machinerie est-elle une étape ou le symptôme d’une crise, d’une rupture d’équilibre, d’une défaillance des hautes facultés désintéressées de l’homme, au bénéfice de ses appétits ? Voilà une question que personne n’aime encore à se poser. Je ne parle pas de l’invention des Machines, je parle de leur multiplication prodigieuse, à quoi rien ne semble devoir mettre fin, car la Machinerie ne crée pas seulement les machines, elle a aussi les moyens de créer artificiellement de nouveaux besoins qui assureront la vente de nouvelles machines. Chacune de ces machines, d’une manière ou d’une autre, ajoute à la puissance matérielle de l’homme, c’est-à-dire à sa capacité dans le bien comme dans le mal. Devenant chaque jour plus fort, plus redoutable, il serait nécessaire qu’il devînt chaque jour meilleur. Or, si effronté qu’il soit, aucun apologiste de la Machinerie n’oserait prétendre que la Machinerie moralise. La seule Machine qui n’intéresse pas la Machine, c’est la Machine à dégoûter l’homme des Machines, c’est-à-dire d’une vie tout entière orientée par la notion de rendement, d’efficience et finalement de profit. »

Georges Bernanos – La France contre les robots

Georges Bernanos – Extrait 5

Georges Bernanos – Extrait 5

« Dans la lutte plus ou moins sournoise contre la vie intérieure, la Civilisation des Machines ne s’inspire, directement du moins, d’aucun plan idéologique, elle défend son principe essentiel, qui est celui de la primauté de l’action. La liberté d’action ne lui inspire aucune crainte, c’est la liberté de penser qu’elle redoute. Elle encourage volontiers tout ce qui agit, tout ce qui bouge, mais elle juge, non sans raison, que ce que nous donnons à la vie intérieure est perdu pour la communauté. Lorsque l’idée du salut a une signification spirituelle, on peut justifier l’existence des contemplatifs — c’est ce que fait l’Église au nom de la réversibilité des mérites et de la Communion des Saints. Mais dès qu’on a fait descendre du ciel sur la terre l’idée du salut, si le salut de l’homme est ici-bas, dans la domination chaque jour plus efficiente de toutes les ressources de la planète, la vie contemplative est une fuite ou un refus. Pour employer une autre expression de l’avant-dernière guerre, dans la Civilisation des Machines tout contemplatif est un embusqué. La seule espèce de vie intérieure que le Technicien pourrait permettre serait tout juste celle nécessaire à une modeste introspection, contrôlée par le Médecin, afin de développer l’optimisme… »

Georges Bernanos – La France contre les robots

Georges Bernanos – Extrait 4

Georges Bernanos – Extrait 4

« Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine qui ne saurait s’établir que grâce à une vaste, à une immense, à une universelle stérilisation des hautes valeurs de la vie. Car, en dépit de ce que j’écrivais tout à l’heure, il s’agit beaucoup moins de corruption que de pétrification. La Barbarie, d’ailleurs, multipliant les ruines qu’elle était incapable de réparer, le désordre finissait par s’arrêter de lui-même, faute d’aliment, ainsi qu’un gigantesque incendie. Au lieu que la civilisation actuelle est parfaitement capable de reconstruire à mesure tout ce qu’elle jette par terre, et avec une rapidité croissante. Elle est donc sûre de poursuivre presque indéfiniment ses expériences et ses expériences se feront de plus en plus monstrueuses… »

Georges Bernanos – La France contre les robots

Georges Bernanos – Extrait 3

Georges Bernanos – Extrait 3

« Ceux qui voient dans la civilisation des Machines une étape normale de l’Humanité en marche vers son inéluctable destin devraient tout de même réfléchir au caractère suspect d’une civilisation qui semble bien n’avoir été sérieusement prévue ni désirée, qui s’est développée avec une rapidité si effrayante qu’elle fait moins penser à la croissance d’un être vivant qu’à l’évolution d’un cancer. Pour le répéter une fois de plus, l’hypothèse est-elle définitivement à rejeter d’une crise profonde, d’une déviation, d’une perversion de l’énergie humaine ? Oh ! mon Dieu, les faits les plus simples nous échappent toujours, passent au travers de notre attention comme au travers d’un crible; ils n’éveillent rien en nous. Si j’écris que, en un très petit nombre d’années, en une ridicule fraction de temps, le rythme de la vie s’est accéléré d’une manière prodigieuse, on me répondra que ce n’est là qu’un lieu commun, que le fait n’échappe à personne. Il n’en a pas moins échappé à ceux qui en furent les premiers témoins. La société où ils étaient entrés le jour de leur naissance a passé presque sans transition de la vitesse d’une paisible diligence à celle d’un rapide, et lorsqu’ils ont regardé par la portière, il était trop tard : on ne saute pas d’un train lancé à 120 km sur une ligne droite . »

Georges Bernanos – La France contre les robots