Frithjof Schuon – L’Homme primordial et l’Homme noble – Traduction et commentaires

Commentaires en italique, en espérant pouvoir aider à la compréhension.

L’homme primordial est l’homme originel d’avant la chute, c’est l’Adam de la religion chrétienne. C’est l’homme véridique pour la tradition chinoise, celui qui est en équilibre complet entre le yin et le yang. L’homme déchu est celui qui est en déséquilibre. Si nous faisons l’analogie symbolique par rapport au cercle; l’homme primordial est au centre du cercle, l’homme déchu s’éloigne du centre.

L’Homme primordial savait de lui-même que Dieu « Est »; l’homme déchu ne le sait pas; il doit l’apprendre.

L’Homme primordial était toujours conscient de la présence de Dieu; l’homme déchu, même s’il a appris que Dieu « Est », doit toujours s’efforcer d’en être conscient.

L’Homme primordial aimait Dieu plus que le monde; l’homme déchu aime le monde plus que Dieu, il doit donc pratiquer la renonciation.

Il doit pratiquer la renonciation, car c’est par la renonciation que nous nous éloignons des choses du monde; de nos désirs et nos passions. En nous éloignant des choses du monde nous nous rapprochons de notre centre donc de Dieu.

L’Homme primordial voyait Dieu partout, il avait le sens des archétypes et des essences et il n’était pas enfermé dans les alternatives « chair et esprit »; l’homme déchu ne voit Dieu nulle part, il voit seulement le monde en tant que tel, non comme une manifestation de Dieu.

L’Homme est « fait à l’image de Dieu »; humilier cette image est une profanation.

Également, l’intelligence ne peut s’abaisser dans l’humilité jusqu’à notre essence impersonnelle ou à son principe transcendant; on ne doit pas chercher à humilier l’Esprit Saint à travers l’homme. Dans notre chute une chose est restée intacte et cette chose est l’intellect.

Ce passage est un peu plus complexe, car il fait appel au concept de l’intelligence et de l’intellect qui n’ont pas été expliqués auparavant. De manière simplifiée, donc incomplète, l’intelligence est ce qui fait appel à la raison ou la logique, ce que Schuon veut dire c’est que nous ne pourrons jamais atteindre l’équilibre à l’aide de la raison seulement, même si la raison et la logique peuvent nous y aider grandement. L’intellect est ce qui permet de « connaître » la Vérité de manière intuitive par l’expérimentation, c’est tous ce qui ne peut pas être transmis par un maître parce qu’inexplicable par la raison (la parole) seule, lors de la chute de l’homme primordial l’intellect est resté intact et c’est donc par l’intellect que nous pouvons retourner à notre centre.

Les exigences morales ne font pas l’entièreté de l’homme; si la différence entre l’homme primordial et l’homme déchu était absolue ils ne seraient pas le même être; seulement l’un d’eux serait humain. Mais il y a quelque chose d’inaltérable dans l’homme et ceci peut être un point départ spirituel tout comme les abysses lors de la chute. Ce qui, en l’homme, prend conscience qu’il est méprisable ne peut être en même temps ce qui est méprisé. Ce qui juge ne peut être à la fois ce qui est jugé.

Très beau passage d’une profonde signification. Schuon explique de manière imagée, mais précise que malgré la chute, l’homme déchu, par l’intellect qui est inaltérable, peut prendre conscience de sa chute; voir ici qu’il est « méprisable ». C’est pourquoi l’humilité joue un grand rôle dans un retour vers le centre. Si l’abysse est le point d’entré lors de la chute, l’intellect est le point d’entré vers la Vérité.

Ce qui prend conscience de sa chute ne peut être à la fois la cause de la chute.

Avant la perte de l’harmonie d’Éden, l’Homme primordial voyait les choses de l’intérieur, dans sa substance et dans son Unité divine; après la Chute l’homme ne les voyait plus que de l’extérieur et dans leur accidentalité, et donc à l’extérieur de Dieu.

L’homme noble est celui qui se domine.

L’homme noble est celui qui se maîtrise et qui aime se maîtriser. L’homme de base est celui qui ne se maîtrise pas et à horreur de se maîtriser.

Maîtriser dans le sens de « discipliner » et non seulement se « contrôler », il est celui qui aime se discipliner, il est proactif dans le travail sur soi.

L’homme noble se tient toujours en son centre; il ne perd jamais de vu le symbole, le don spirituel des choses, le signe de Dieu, une gratitude qui est à la fois ascendante et radiante.

Se tenir en son centre est l’équivalent d’être maître de soi, l’homme noble n’en éprouve pas de fierté, au contraire, l’humilité l’accompagne constamment. Il est constamment à l’affût de l’essence et de la beauté des choses et une gratitude l’habite, car Dieu se manifeste à lui au travers des symboles.

L’homme noble est naturellement détaché des mesquineries, parfois à l’encontre de ses intérêts; et il est naturellement généreux par sa grandeur d’âme.

La générosité est l’opposé de l’égoïsme, l’avarice et de la mesquinerie; toutefois, soyons claires, c’est le mal qui est l’opposé du bien et non l’inverse.

Pourquoi est-ce le mal qui est l’opposé du bien et non l’inverse ? C’est une question complexe, disons par comparaison que le froid n’est pas l’opposé de la chaleur, le froid est l’absence de chaleur, le froid en soi n’existe pas. La noirceur n’est pas l’opposé de la lumière, la noirceur est l’absence de lumière, la noirceur en soi n’existe pas. On ne pourrait donc pas opposer quelque chose qui ne se mesure pas à quelque chose qui se mesure. (https://youtu.be/knvp0Me5FRQ) Une autre analogie, si le centre d’un cercle est ce qui est le bien ultime, la circonférence de ce cercle s’«oppose» au centre, mais reste néanmoins lié puisqu’un cercle ne peut être un cercle sans son centre, la circonférence est donc une émanation du centre et nous y retrouvons le bien même s’il est «dilué», le mal est l’absence du bien.

La générosité est la grandeur d’âme qui aime donner et aussi pardonner, puisqu’il peut alors se mettre spontanément à la place des autres; ce qui donne à son adversaire toutes les chances qu’il mérite, aussi minimales soient-elles, ceci en ne faisant pas préjudice à la justice ni à ce qui est juste.

La noblesse comprend a priori une attitude bénévole et un certain don de soi, sans être affectée et sans échouer à rendre justice aux choses telles qu’elles sont; l’homme noble essaie d’aider, de rejoindre l’autre à mi-chemin, avant de condamner ou agir sévèrement, tout en étant implacable et capable d’action rapide quand la réalité le demande.

La bonté due à la faiblesse ou la rêvasserie n’est pas une vertu; la générosité est belle tant que l’homme est fort et lucide.

Discours qui va à l’encontre du new âge pour lequel tout semble facilité. La faiblesse et la lâcheté ne sont pas des vertus. L’homme noble tente de rejoindre l’autre à mi-chemin, c’est-à-dire qu’il encouragera l’autre à collaborer et, s’il y a une volonté, il l’aidera à faire le reste du chemin. Malgré toutes les bonnes intentions, il y a une partie du chemin qui ne peut être fait à la place de l’autre.

Il y a toujours, dans l’âme noble, un certain instinct du don de soi, puisque Dieu Lui-même est le premier à déborder de charité, et par-dessus tout de beauté; l’homme noble est seulement heureux lorsqu’il donne, et il se donne plus à Dieu qu’à toute autre chose, tout comme Dieu se donne à lui, et désire Se donner à lui.

Dieu se donne à celui qui le recherche activement. « Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le Ciel donnera-t-Il l’Esprit bon à ceux qui le Lui demandent! » Évangile selon Saint Luc.

Se transcender : c’est le plus grand impératif de la condition humaine; et il y en a un autre qui l’anticipe et en même temps le prolonge : la domination de soi. L’homme noble est celui qui se domine; le saint homme est celui qui se transcende.

La noblesse et la sainteté sont les impératifs de l’homme.

L’homme noble est naturellement détaché des mesquineries, parfois à l’encontre de ses intérêts; et il est naturellement généreux par sa grandeur d’âme. L’homme pieux, pour sa part, se tient détaché des choses de ce monde – soit dans le cadre d’un équilibre légitime, ou en se détachant de ce cadre – parce qu’il ne mène pas au Paradis, ou ne contribue pas à cette fin; et il est généreux, résultat de son amour de Dieu, parce que cet amour lui permet de « voir Dieu partout », et parce que « Dieu est Amour ».

L’homme noble est celui qui se contrôle et qui aime se contrôler; pas seulement pour se conformer à la réalité, mais aussi à la beauté qui demande cette discipline qui est la maîtrise de soi. De plus, l’homme impie ne peut être tout à fait noble, puisque la piété donne nécessairement un plus grand accès à la noblesse, peu importe le milieu social;  l’homme pieux est noble parce que la vérité est noble.

L’homme noble est celui qui tente de se conformer à la beauté, puisqu’il tend vers l’homme véridique et que la vérité est belle. L’homme pieux tend vers Dieu par la prière qui est l’expression de la Vérité, une lutte contre l’ego, un retour vers le centre, vers l’œil du cœur.

Particulièrement la beauté, par le regard de l’homme noble, c’est précisément : son âme qui est belle. Comme Socrate a dit : « S’il y a quelque chose à l’extérieur de la Beauté absolue, alors cette chose peut être belle dans la mesure où elle participe à cette beauté absolue. » (Platon : Phèdre)

L’homme noble voit la beauté dans l’essence des choses, c’est l’âme qui est belle. Le périmètre du cercle est lié au centre par le rayon. Nous, hommes déchus, sommes liés à Dieu par la beauté qui en est la manifestation.

 

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