Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, Extrait I

Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, Extrait I

« On peut établir une comparaison avec le dogme du bouddhisme T’chan du Nord. « Tous les êtres possèdent à l’origine l’illumination spirituelle, de la même façon qu’il est dans la nature du miroir de briller. Si par contre les passions voilent le miroir, il est alors invisible, comme s’il était couvert de poussière. Si les mauvaises pensées sont maîtrisées et détruites selon les indications du Maître, elles cessent alors de se manifester. Alors l’esprit est éclairé, comme c’est sa nature propre, et rien ne restera caché. C’est comme le polissage du miroir…» (Tsung-mi). Cette phrase pourrait tout aussi bien se trouver dans un texte soufi, c’est-à-dire dans un texte de mystique islamique.

Lorsque le cœur est devenu un miroir pur, alors le monde s’y reflète tel qu’il est réellement, c’est-à-dire sans les déformations dues à la pensée passionnelle. D’un autre côté, le cœur reflète la vérité divine de façon plus ou moins directe, c’est-à-dire d’abord sous la forme des symboles (isharât), puis sous la forme des qualités spirituelles (çifât), qui sont la base des symboles, et finalement comme vérité divine (haqîqah). » ~ Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, p. 49

Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga – Extrait VII

Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga – Extrait VII

« A toutes ces considérations, nous aimerions ajouter ce qui suit : la science – à l’instar de la machine – a interverti les rôles et a fait de ses créateurs ses créatures ; elle échappe au contrôle de l’intelligence comme telle, dès lors qu’elle prétend déterminer la nature de celle-ci « du dehors » et « par le bas ». On a privé notre ambiance cosmique intemporelle de sa fonction didactique en la remplaçant par des « coulisses » ; la voûte stellaire est devenue le prolongement d’un laboratoire, la beauté corporelle se réduit au mécanisme de la sélection naturelle. On ne sent plus que la richesse quantitative d’un savoir – d’un savoir quelconque – entraîne forcément un appauvrissement intérieur, à moins d’une science spirituelle qui rétablisse l’unité et sauvegarde l’équilibre ; l’homme ordinaire, s’il pouvait voyager dans l’espace interplanétaire, en reviendrait terriblement appauvri, à moins que sa raison n’ait sombré dans l’épouvante. Cela nous ramène à l’arbre défendu de la Genèse, dont le drame se répète à grand intervalles jusqu’à nos jours ; l’homme « décentralisé » dont l’esprit est sursaturé de faits discontinus est d’une désespérante pauvreté, et cela explique du reste toutes ces philosophies du néant et de l’angoisse qui ont cours à notre époque. Les anciens ne savaient pas, sans doute, faire durer des vies qui pourtant avaient un sens ; les modernes savent prolonger des vies qui n’en ont pas ; mais les anciens, par le fait même qu’ils donnaient un sens à la vie, en donnaient aussi un à la mort. Si la vie n’est qu’une lueur infime entre deux nuits ou deux néants, et si nous  ne sommes que des hasards biologiques sans intérêt dans un univers absurde, à quoi bon tous les efforts, et à quoi bon surtout cette foi scientiste plus absurde encore que l’univers insensé qu’on explore sans pouvoir en sortir ? » ~ Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga pp. 81-82

Les anciens ne regardaient pas le ciel et la nature comme nous les regardons aujourd’hui. Nous regardons à l’aide de microscope et de télescope comme si ces outils pouvaient nous révéler des symboles cachés alors que ces symboles sont juste là sous nos yeux. Ce sont ces symboles qui donnent du sens, mais ils sont invisibles pour ceux dont la vie n’est qu’une « lueur infime entre deux nuits ».