Luc-Olivier d’Algange – Au seul nom d’une déesse phénicienne, Extrait I

Luc-Olivier d’Algange – Au seul nom d’une déesse phénicienne, Extrait I

« Le monde des dieux anciens n’est pas mort car il n’est jamais né. Que cette pérennité lumineuse soit devenue provisoirement hors d’atteinte pour le plus grand nombre d’entre nous, n’en altère nullement le sens ni la possibilité sans cesse offerte. Pérennes, les forces et les vertus divines s’entrecroisent dans le tissu du monde et nous laissent le choix d’être de simples spectateurs enchaînés dans une représentation schématique du monde ou bien d’entrer dans la présence réelle des êtres et des choses par la reconnaissance de l’Âme du monde. Séparés de tout, enfermés dans une « psyché » qu’il croit être l’« autre » du monde, le Moderne s’asservit à la représentation narcissique qu’il se fait de lui-même.

Pour le Moderne, les dieux, les Idées, les Formes prennent source dans son esprit, mais il ne voit pas assez loin pour comprendre que cet esprit lui-même prend source ailleurs qu’en lui-même. Cette impuissance à imaginer au-delà du cercle étroit de sa propre contingence, n’est-ce point ce que les platoniciens nommaient « être prisonniers des ombres de la Caverne » ? Le Moderne idolâtre sa propre contingence, il en fait la mesure de toute chose, inversant le principe grec qui enseigne que l’homme doit retrouver la mesure de toute chose. Croire que les dieux sont purement « intérieurs », aboutit à une idolâtrie de l’intériorité. Les utopies meurtrières du vingtième siècle, le fanatisme uniformisateur et planificateur des fondamentalismes divers qui se donnèrent cours n’ont-ils pas pour origine ce subjectivisme effréné qui veut faire de l’intériorité de l’homme et de son incommensurable prétention d’être moral, la mesure du monde ? Pour l’homme ancien, les dieux sont en nous car ils miroitent en nous. Notre entendement capte les forces extérieures auxquelles il lui appartiendra, en vertu d’un principe de création poétique, de donner des Formes ; et ces Formes, à leur tour, seront hommages aux dieux qu’elles nomment et enclosent pour d’autres temps.

Cette vue du monde est humble et généreuse, attentive et donatrice. Loin de penser l’homme comme l’Autre, ou face à l’Autre, elle reconnaît en soi le Même sous les atours de l’apparition divine. Le dieu est celui qui apparaît. Or l’homme, qui va à la rencontre du monde divin et ne connaît ni naissance, ni mort, apparaît à l’éternité et le dieu qui lui apparaît est selon l’admirable formule d’Angélus Silésius, « un éclair dans un éclair ». C’est dans l’éclat le plus bref et le plus intense que l’éternité nous est donnée. La fulguration d’Apollon demeure à jamais dans l’instant de l’apparition qui nous révèle à nous-mêmes, dans la pure présence de l’être. » ~ Luc-Olivier d’Algange – Au seul nom d’une déesse phénicienne (Emplacements du Kindle 44-65).

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait VI

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait VI

« Les moralistes de la sentimentalité, Chrétiens, Bouddhistes ou autres, ont glorifié l’humilité. Soit, mais il ne signifie rien d’être humble ou non, puisque nous sommes tous néants. Ils ont fait de l’humilité une vertu, un but, alors qu’elle n’est qu’un moyen, un exercice et un entraînement. Elle n’est qu’une petite station sur la route, où l’on s’arrête selon les besoins du voyage. La vanité est une bêtise. L’humilité mal à propos peut l’être également.
(…) On comprend facilement que l’art de donner est le principal arcane du Grand Œuvre. Le secret de cet art consiste dans le désintéressement absolu, dans la pureté parfaite de l’âme de l’acte, c’est-à-dire de l’intention, dans l’absence complète de tout espoir de retour, d’un payement quelconque, fût-il dans l’autre monde. Il faut que votre acte ne ressemble en rien à un échange de bons procédés. Il est, par conséquent, plus parfait, plus pur de donner à ce qui paraît inférieur ou faible qu’à l’égal ou au plus fort. (…) Il est actuellement impossible de faire du bien à l’humanité sans aucune arrière-pensée utilitaire. La charité vis-à-vis du semblable est un devoir, un acte de précaution ou de haute prévoyance. Il peut difficilement contenir quelque chose fait « uniquement pour Dieu ». Le sentimentalisme laisse toujours une tache égoïste sur tout ce qu’on fait en son nom, ne serait-ce qu’en se parant de beaux motifs pour des actes fort simples. Les Malâmatiyah se donnent toujours une série de mauvaises raisons avant d’exécuter les belles actions qu’ils sont appelés à faire.
Le bien que l’on fait à un animal nous rapproche davantage de Dieu, car l’égoïsme y trouve moins son compte, au moins en des cas ordinaires. Le déplacement mental est plus grand, la conquête dans l’âme universelle est plus lointaine. Vous vous attachez aux êtres humains, ceux-là s’attachent à vous pour toutes sortes de raisons pratiques. » ~ ‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose pp. 92-94

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait V

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait V

« Le cinquième degré est occupé par « ceux qui s’inclinent », ceux qui s’humilient devant la Grandeur dominicale, qui s’imposent l’hiératisme du culte, qui sont exempts de toute prétention à une récompense quelconque dans ce monde ci ou dans l’autre. Ceux-là sont les Malâmatiyah. Ils sont les « hommes de confiance de Dieu », et ils constituent le groupe le plus élevé. Leur nombre n’est pas limité, mais ils sont placés sous la direction du Qutb ou de « l’Apogée spirituelle ». Leur règle les oblige de ne pas faire voir leurs mérites et de ne pas cacher leurs défauts. Néanmoins, ils agissent ouvertement, et ils évoluent dans tous les domaines de la « virilité spirituelle » (Er-rajûliyah). Ils ont dix « stations » auxquelles ils reviennent et desquelles ils parlent. Ce sont : la charité du Savoir, la sagesse, la prévoyance, l’art de juger la nature intime des personnes et des choses d’après des signes extérieurs, la glorification, l’inspiration, la « Grande Paix » (Es-Sakînah), la sécurité et l’élévation de l’esprit. Ils s’attachent aux noms divins suivants : Celui qui abaisse, Celui qui élève, Celui qui rend glorieux, Celui qui humilie, etc., etc. Ils discourent sur le contrôle des actes (par la purification des intentions), sur l’affinement de la piété, la contrainte des passions, l’absence de prétentions auprès de Dieu, la lumière sharaïte, etc., etc. Ils parlent aussi des différents « avertissements intérieurs » (El-Kawathir), le dominical, l’angélique, l’intellectuel, l’animique et le diabolique, ainsi que des différentes nuances entre l’avertissement dominical, celui d’Allah, et celui du Miséricordieux. Ils disent que le premier vient de la « Majesté » ; celui du Miséricordieux vient de la « Beauté », et l’avertissement divin vient de la « Perfection ». Le premier avertissement est toujours véridique, selon leur tradition. Chez le « disciple » (El-Murîd), il se manifeste comme l’interprétation exacte des signes extérieurs ; chez le « voyageur » (Es-Sâlik), comme « intuition » (Mokâshafah) ; et, chez l’« initié » (El-Ârif), comme « contemplation » (Moshâhadah). L’avertissement qui vient de la « Majesté » (El-Jelâl) efface et anéantit ; celui qui vient de la « Beauté » (Jamâl) affermit et fortifie ; celui qui vient de la « Perfection » (Kamâl) améliore et conduit dans le bon chemin. On se prépare à la « Majesté » par la « Constance » (Eç-Çabr), à la « Beauté » par la « Gratitude » (Esh-Shukr), et à la « Perfection » par la « Grande Paix ». Selon eux, le comble du Soufisme est la contrainte des passions, l’absence de prétentions, t’attachement aux noms et aux attributs de Dieu, ainsi que l’incarnation avec eux. Ils disent que le Soufisme, c’est l’humilité, la pauvreté, la « Grande Paix », et la contrition. Ils disent que « le visage du Soufi est abattu (mot à mot : noir) dans ce monde ci et dans l’autre », indiquant ainsi que l’ostentation tombe avec les prétentions, et que la sincérité de l’adoration se manifeste par la contrition, car il est dit : « Je suis auprès de ceux dont les cœurs sont brisés à cause de Moi ». Les invocations des Malâmites sont formulées par des paroles divines dont le sens littéral indique l’abstraction et la purification, comme : « Louange à Dieu l’Immense », « Louange au Roi Saint », etc., etc. Lorsqu’ils sont parfaits, ces noms, dans leurs invocations, ils voient ce qui leur manque, car « l’ordre vient du Sage, du Savant et du Bien-Informé par excellence ». Ce qu’ils possèdent en fait de Grâces provient de la source même des faveurs divines. Ils n’ont plus, alors, ni nom ni traits propres, mais ils sont effacés dans la « véritable prosternation ».

En second lieu, le mot « Malâmatiyah » désigne un des trois éléments fondamentaux de la religiosité islamite. Il constitue la « Voie supérieure » ou pragmatique, qui résume les deux autres : la « Voie intérieure » ou quiétiste, soufite, et la « Voie extérieure » ou exotérique, rituelle, morale et sociale. Le traité arabe que nous traduisons aujourd’hui prend « Malâmatiyah » dans ce deuxième sens.

Mais il y a aussi une congrégation religieuse, une « Tarîqah » du même nom. Elle est plutôt rare ; on ne la trouve guère qu’en Albanie, en Syrie et dans l’Inde. Autrefois, elle était puissante et répandue ; mais, démocratique et libérale, elle à été ruinée par la persécution gouvernementale. Son nom est toujours vénéré parmi les Dervishes de tous les ordres. Il est de la tradition malâmite de s’abriter chez les Naqshabendiyah et les Bektashiyah pendant les périodes difficiles. La ruine de cet ordre coïncide avec la décadence de tout le monde musulman. » ~ ‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose pp. 67-70

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait IV

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait IV

« Je crois bien formuler les principes ontologiques de l’ésotérisme arabo-musulmans, en disant que l’Univers tangible n’est guère autre chose qu’une immense hallucination collective, héréditaire et invétérée. On dirait que le genre humain, autosuggestionné depuis des générations, joue à la séance spirite, et que les événements les plus graves de l’histoire de l’homme ou de la nature, considérés en eux-mêmes, ne sont que les soubresauts de la table qui tourne. Non seulement nos joies et nos douleurs ne sont que de fausses sensations régularisées par de longues habitudes ancestrales, mais encore les conventions sensorielles de tout le monde, ou presque, ont donné à la matière son aspect d’aujourd’hui. Ce n’est pas le milieu qui a créé l’homme. C’est l’homme qui a créé le milieu par la cristallisation de sa subconscience extroversée. Quand, par la suite, le milieu influence l’individu, le milieu n’est que l’instrument au moyen duquel les collectivités du passé et du présent s’emparent de l’individu pour le réduire à l’esclavage le plus ignoble, l’empêchent de voir avec ses propres yeux, d’entendre avec ses propres oreilles, d’agir selon sa propre initiative, et, avant tout, d’aimer avec son cœur. Elles le rendent tellement vil qu’il ne mérite même pas d’être puni quand il commet des crimes. Quand on parle de l’État contre l’individu, on n’est logique qu’à demi. Il faut voir l’humanité tout entière contre une seule personne qui s’est amusée à rompre la chaîne hypnotique du gâtisme universel. » ~ ‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose pp. 59-60

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait III

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait III

« Abul-Hassan Es-Shâdhilî nous met en garde contre ceux qui viennent nous inviter au trouble, car on prend la « Voie intérieur » pour aboutir au repos et non à l’agitation. Mohyiddin ibn Arabi traite d’exclusivistes, c’est-à-dire de fanatiques et d’égarés, ceux qui vous exhortent à être comme eux, à faire comme eux en tout, et ne respectent pas la liberté légitime de la personne. Tout vient de Dieu, la mécréance de l’infidèle aussi bien que la foi du croyant. Tout zèle en dehors de la chose publique est un geste inconsidéré, commis par des personnes qui ont une conception grossière de la puissance de Dieu. Il y a de l’impiété à intervenir, sans un motif légitime, – de préférence extérieur, – dans l’évolution des gens. Le délire du pontificat est un de ces énormes péchés antédiluviens, qui font considérer les misères de la chute adamique comme un bienfait, car c’est grâce à elles que les péchés de mortalité cosmique ne peuvent aller jusqu’à une certaine limite dans leurs conséquences. Au lieu de cataclysmes, on a les laideurs de la classe moyenne. Je n’ignore donc pas que c’est une chose grave que d’inviter les méditatifs à regarder le monde. Seulement, je ne veux troubler personne, ni faire aucune espèce de propagande pour mes opinions personnelles. Mais je considère que le monde est un livre de Dieu comme un autre. Ses signes sont partout, et nous en sommes. Tous Ses livres se tiennent et s’expliquent les uns par les autres, et ce qui est obscur dans tel passage peut trouver son explication dans un autre endroit.

                D’ailleurs, la différence entre le monde extérieur et le monde intérieur est illusoire. Ce qu’on appelle « la matière » n’est opaque que dans les « degrés » inférieurs de l’Existence. Plus on évolue, plus elle devient diaphane. En outre, elle a beau être opaque, elle est toujours significative. Que serait un livre sans papier ni lettres ? Du reste, dans presque toutes les langues, il y a des mots d’origine fort noble pour désigner le monde et même la matière. Or, rien ne reflète mieux la « Tradition primordiale » que l’étymologie.

                D’ailleurs, les neuf dixièmes des quiétistes sont de simples fuyards. Le monde étant plus grand que leur âme, ils cherchent à le rapetisser dans le but d’y paraître grands. Mohyddin est sévère pour eux, et il marque en coin ceux qui ne cherchent que le beau temps dans un petit monde artificiel.

                La vie est une obligation, nous sommes tous d’accord là-dessus. La décadence de l’Orient islamite coïncide avec la disparition des Malâmatiyah (la Voie pragmatique), et l’apparition des voies quiétistes, dont je me dispense de citer les noms.

                Il y a donc toutes sortes de bonnes raisons pour réagir contre le quiétisme, car son inaction vaut la pire des agitations destructives. » ~ ‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose pp. 30-32

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait II

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait II

« L’Existence est organisée en plusieurs « séries » :

  1. L’inassignable, ou l’Absolu sans forme ni indication d’aucune sorte, et qui est en dehors d’une attribution quelconque. On ne doit pas se figurer que l’Existence, dans ce « degré », soit définie d’une manière constante et essentielle du fait d’être absolue et exempte de toute attribution. Il faut comprendre que, dans ce « degré », Elle est affranchie addition affirmative en fait de caractéristique ou d’épithète ; qu’Elle est sanctifiée par l’émondation de tout lien intelligible ; qu’Elle est indéfinissable à un tel point que même sa qualité d’indéfinissable ne constitue pas une définition de Sa véritable nature. « L’Unité pure » est le nom de ce « degré ». Elle est la « quintessence même » du « Vrai Dieu ». Il n’y a aucun « degré » au-dessus de celui-ci ; tous les autres lui sont inférieurs.
  2. La première assignation est la conscience que Dieu possède de sa « quiddité », de ses « attributs » et de tous les êtres créés, cela d’une façon générale ou synthétique, sans qu’aucune chose soit réellement différencié. Ce « degré » s’appelle « la Primauté » ou « la Vérité de Mohammed » [ou « Réalité Muhammedienne »].
  3. La seconde assignation est la conscience que Dieu possède de sa « quiddité », de ses « attributs » et de tous les êtres créés, cela d’une façon détaillée et analytique, par l’établissement des différences entre les choses. Ce « degré » s’appelle « l’Identité » ou « la Vérité de l’homme »[1].  Ces trois « degrés » sont éternels, sans commencement ni fin. Leur succession n’est point temporelle, mais mentale et spéculative.
  4. Les esprits, c’est-à-dire les créatures abstraites et simples, qui se manifestent dans leurs essences premières.
  5. Le monde des formes premières, c’est-à-dire les choses grossières, qu’on peut fractionner ou diviser (sans qu’elles cessent d’être ce qu’elles sont).
  6. Le monde des corps, c’est-à-dire des choses grossières, qu’on peut fractionner ou diviser (sans qu’elles changent foncièrement de nature).
  7. Le degré universel, qui englobe tous les autres « degrés », le corporel, les deux lumineux, « l’Identité » et « la Primauté ». Il est l’homme.

 

Le premier de ces sept « plans » est celui du « Non-Manifesté », tandis que les six autres comprennent toute la manifestation ou « l’expansion ». Lorsque l’homme dans le septième (et dernier) « degré » s’exalte vers le sublime, lorsque surgissent en lui les autres (cinq) « plans » en parfait épanouissement, il est « l’homme universel ». L’exaltation ainsi que l’ampleur ont atteint leur apogée en notre Prophète[2] – qu’Allah prie sur lui et le salue ! – Il scelle la chaîne de l’inspiration prophétique. » ~ ‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose pp. 10-12

 

[1] On dit aussi « la Vérité d’Adam ». Au point de vue ésotérique, Mohammed est avant Adam ; historiquement, il est après. La doctrine secrète du soufisme arabe n’est contrainte ni à la Loi ni au bon sens.

[2] C’est-à-dire : il est la solution des antithèses humaines, dont voici quelques-unes :

Exaltation x Ampleur Exaltation x Ampleur
Hauteur x largeur Christianisme x Judaïsme
Intérieur x extérieur Ascétisme x Urbanité
Convergence x divergence Aristocratie x Démocratie
Ensemble x détails Foi x Loi
Synthèse x analyse Ésotérisme x Exotérisme
Théorie x pratique Solitude avec le Créateur x Universalité avec les céatures.
Paroles x actes

 

‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose, Extrait I

‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose, Extrait I

« Les Malâmatiyyah forment une catégorie très particulière de contemplatifs, dont la caractéristique fondamentale réside dans la réalisation d’un degré spirituel élevé, grâce à l’exercice de l’humilité parfaite et à une pratique spéciale de mortification de son moi extérieur, pratique qui concerne toutes les situations de la vie quotidienne où il convient de montrer ses défauts et de cacher ses mérites, de manière à susciter le blâme (malâmah) d’autrui. Agissant de la sorte, le malâmati parvient progressivement à se détacher des contingences de la vie pour se consacrer entièrement à Dieu dans le secret de son cœur. Il faut préciser que certaines interprétations un peu trop poussées de ce concept de sainteté ont conduit quelques esprits inconscients, dans l’histoire du mysticisme islamique, à des excès et à des actes ouvertement hétérodoxes et hérétiques, réprimés avec dureté par les autorités religieuses. Il s’agit sans nul doute d’un concept très délicat, car, s’il est interprété à la lettre, il entraîne le sujet plutôt vers des actions impropres et illégales, alors qu’en réalité, dans les textes du soufismes classique, il concerne exclusivement la recherche du « culte sincère » (ikhlâs) de Dieu, pratiqué en tout lieu et dans n’importe quelle occasion, et pas seulement dans la paix de la retraire spirituelle, par le moyen justement de la constante auto-humiliation. » ~ G. Rocca – Préface d’Écrits pour La Gnose d’Abdul-Hâdî, pp. xx-xxi

Hésiode – Les Travaux et les Jours

Hésiode – Les Travaux et les Jours

J’exposerai maintenant une fable aux rois, même sages.

Un épervier répondit au joli rossignol en ces termes,

comme il l’emportait dans la nue captif de ses serres :

pris dans les serres crochues, l’oiseau ne cessait de se plaindre

et de gémir; à quoi, violemment, répondit le rapace :

« Pourquoi ces cris, insensé ? Un plus fort que toi te possède.

Tout sonore sois-tu, tu iras jusqu’où je te porte;

si je le veux, tu seras mon repas ou tu seras libre.

Déraisonnable qui veut affronter ce qui le dépasse :

la victoire le fuit; la douleur s’ajoute à sa honte. »

Ainsi parlait l’épervier rapide aux ailes ouvertes.

Toi, Persès, poursuis la justice, et ne laisse pas croître

la démesure, mauvaise ou faible ; pas même le noble

ne pourrait aisément la porter : il croule sous elle,

il trébuche et se perd.

Hésiode – Les travaux et les jours

Malgré toutes nos plaintes et activités incessantes, la mort en ce monde viendras tous nous chercher un jour ou l’autre. Le plus tôt nous acceptons ce fait le plus tôt nous nous porterons et vivrons réellement.

Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, Extrait I

Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, Extrait I

« On peut établir une comparaison avec le dogme du bouddhisme T’chan du Nord. « Tous les êtres possèdent à l’origine l’illumination spirituelle, de la même façon qu’il est dans la nature du miroir de briller. Si par contre les passions voilent le miroir, il est alors invisible, comme s’il était couvert de poussière. Si les mauvaises pensées sont maîtrisées et détruites selon les indications du Maître, elles cessent alors de se manifester. Alors l’esprit est éclairé, comme c’est sa nature propre, et rien ne restera caché. C’est comme le polissage du miroir…» (Tsung-mi). Cette phrase pourrait tout aussi bien se trouver dans un texte soufi, c’est-à-dire dans un texte de mystique islamique.

Lorsque le cœur est devenu un miroir pur, alors le monde s’y reflète tel qu’il est réellement, c’est-à-dire sans les déformations dues à la pensée passionnelle. D’un autre côté, le cœur reflète la vérité divine de façon plus ou moins directe, c’est-à-dire d’abord sous la forme des symboles (isharât), puis sous la forme des qualités spirituelles (çifât), qui sont la base des symboles, et finalement comme vérité divine (haqîqah). » ~ Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, p. 49

Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga – Extrait VII

Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga – Extrait VII

« A toutes ces considérations, nous aimerions ajouter ce qui suit : la science – à l’instar de la machine – a interverti les rôles et a fait de ses créateurs ses créatures ; elle échappe au contrôle de l’intelligence comme telle, dès lors qu’elle prétend déterminer la nature de celle-ci « du dehors » et « par le bas ». On a privé notre ambiance cosmique intemporelle de sa fonction didactique en la remplaçant par des « coulisses » ; la voûte stellaire est devenue le prolongement d’un laboratoire, la beauté corporelle se réduit au mécanisme de la sélection naturelle. On ne sent plus que la richesse quantitative d’un savoir – d’un savoir quelconque – entraîne forcément un appauvrissement intérieur, à moins d’une science spirituelle qui rétablisse l’unité et sauvegarde l’équilibre ; l’homme ordinaire, s’il pouvait voyager dans l’espace interplanétaire, en reviendrait terriblement appauvri, à moins que sa raison n’ait sombré dans l’épouvante. Cela nous ramène à l’arbre défendu de la Genèse, dont le drame se répète à grand intervalles jusqu’à nos jours ; l’homme « décentralisé » dont l’esprit est sursaturé de faits discontinus est d’une désespérante pauvreté, et cela explique du reste toutes ces philosophies du néant et de l’angoisse qui ont cours à notre époque. Les anciens ne savaient pas, sans doute, faire durer des vies qui pourtant avaient un sens ; les modernes savent prolonger des vies qui n’en ont pas ; mais les anciens, par le fait même qu’ils donnaient un sens à la vie, en donnaient aussi un à la mort. Si la vie n’est qu’une lueur infime entre deux nuits ou deux néants, et si nous  ne sommes que des hasards biologiques sans intérêt dans un univers absurde, à quoi bon tous les efforts, et à quoi bon surtout cette foi scientiste plus absurde encore que l’univers insensé qu’on explore sans pouvoir en sortir ? » ~ Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga pp. 81-82

Les anciens ne regardaient pas le ciel et la nature comme nous les regardons aujourd’hui. Nous regardons à l’aide de microscope et de télescope comme si ces outils pouvaient nous révéler des symboles cachés alors que ces symboles sont juste là sous nos yeux. Ce sont ces symboles qui donnent du sens, mais ils sont invisibles pour ceux dont la vie n’est qu’une « lueur infime entre deux nuits ».