Chevaucher le tigre par Julius Evola, 3e partie

Partie II

Chapitre I

DANS LE MONDE OU DIEU EST MORT

 

  1. Le nihilisme européen. Dissolution de la morale.

 

Si l’on veut exprimer symboliquement le processus complexe qui a conduit à la crise par où passent aujourd’hui la morale et la vision de la vie, la meilleure formule est celle de Nietzsche : « Dieu est mort.[1] »

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Chevaucher le tigre par Julius Evola, 2e partie

Chevaucher le tigre par Julius Evola, 2e partie

Partie I

ORIENTATION 

  1. Fin d’un cycle. « Chevaucher le tigre ».

 

Cette dernière idée se réfère à une perspective spéciale qui, à rigoureusement parler, n’est pas celle de ce livre, car elle concerne, non le comportement intérieur et personnel, mais le milieu, non la réalité d’aujourd’hui, mais un avenir que l’on ne peut hypothéquer et dont il est essentiel que l’on ne fasse en aucune façon dépendre son propre comportement.

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Aldous Huxley – Retour au meilleur des mondes (Extrait 1)

Aldous Huxley – Retour au meilleur des mondes (Extrait 1)

Nous voyons donc que la technique moderne a conduit à la concentration du pouvoir économique et politique ainsi qu’au développement d’une société contrôlée (avec férocité dans les États totalitaires, courtoisie et discrétion dans les démocraties) par les Grosses Affaires et les Gros Gouvernements. Mais les sociétés sont composées d’individus et ne valent que dans la mesure où elles les aident à s’accomplir, à mener une vie heureuse et créatrice. Quelles ont été les répercussions des perfectionnements techniques sur les hommes au cours de ces récentes années? Voici la réponse que donne le Dr Erich Fromm, philosophe-psychiatre :

« Notre société occidentale contemporaine, malgré ses progrès matériels, intellectuels et sociaux, devient rapidement moins propre à assurer la santé mentale et tend à saper, dans chaque individu, la sécurité intérieure, le bonheur, la raison, la faculté d’aimer; elle tend à faire de lui un automate qui paie son échec sur le plan humain par des maladies mentales toujours plus fréquentes et un désespoir qui se dissimule sous une frénésie du travail et de prétendu plaisir. »

Nos « maladies mentales toujours plus fréquentes » peuvent trouver leur expressions dans les symptômes des névroses, très voyants et des plus pénibles. Mais, « gardons-nous », écrit le Dr Fromm, « de définir l’hygiène mentale comme la prévention des symptômes. Ces derniers ne sont pas nos ennemis, mais nos amis; là où ils sont, il y a un conflit et un conflit indique toujours que les forces de vie qui luttent pour l’harmonisation et le bonheur résistent encore ». Les victimes vraiment sans espoir se trouvent parmi ceux qui semblent les plus normaux. Pour beaucoup d’entre eux, c’est « parce qu’ils sont si bien adaptés à notre mode d’existence, parce que la voix humaine a été réduite au silence si tôt dans leur vie, qu’ils ne se débattent même pas, ni ne souffrent et ne présentent pas de symptômes comme le font les névrosés ». Ils sont normaux non pas au sens que l’on pourrait appeler absolu du terme, mais seulement par rapport à une société profondément anormale et c’est la perfection de leur adaptation à celle-ci qui donne la mesure de leur déséquilibre mental. Ces millions d’anormalement normaux vivent sans histoires dans une société dont ils ne s’accommoderaient pas s’ils étaient pleinement humains et s’accrochent encore à « l’illusion de l’individualité », mais en fait, ils ont été dans une large mesure dépersonnalisés. Leur conformité évolue vers l’uniformité. Mais « l’uniformité est incompatible avec la liberté, de même qu’avec la santé mentale… L’homme n’est pas fait pour être un automate et s’il en devient un, le fondement de son équilibre mental est détruit ».

Au cours de l’évolution, la nature s’est donné un mal extrême pour que chaque individu soit différent de tous les autres. Nous nous reproduisons en mettant les gènes du père en contact avec ceux de la mère et ces facteurs héréditaires peuvent donner des combinaisons en nombre pratiquement illimité. Physiquement et mentalement, chacun d’entre nous est un être unique. Toute civilisation qui, soit dans l’intérêt de l’efficacité, soit au nom de quelque dogme politique ou religieux, essaie de standardiser l’individu humain, commet un crime contre la nature biologique de l’homme. ~ Aldous Huxley – Retour au meilleur des mondes pp. 30-32

Antoine Faivre – Accès de l’ésotérisme occidental (Extrait 1)

(…) L’idée d’où découle tout le reste est que dans le rapport normal entre les sexes, l’homme aide la femme à admirer, et que la femme aide l’homme à aimer ; la femme acquiert de la virilité, l’homme de la féminité. Tandis que dans le rapport sans amour elle l’aide à devenir serpent, il l’aide à devenir esprit d’orgueil luciférien. Dans ces deux cas, tendance centrifuge et centripète, donc échappée hors du Centre, schéma qui rend compte symboliquement de la forme du serpent! Ce schéma est ontologiquement fondé ; en effet, l’homme devait être à l’image de Dieu ; or, Dieu est par excellence milieu, donc l’homme devait lui aussi être milieu. Mais nous savons que dans chaque sphère coexistent une tendance centripète et une tendance centrifuge, et qu’il ne faut pas imaginer cela exactement comme un cercle avec son centre ; l’idée est plutôt que la tendance centripète correspond à une tendance vers la corporisation (Leibhaftigkeit), et la tendance centrifuge à un besoin de manifestation active (Lebhaftigkeit). Deux notions qui appellent des analogies sur divers plans. Ainsi, en amour l’homme est « noble » ou « grand » au départ, dans le sens d’élevé, auguste, mais la femme est « humble ». La caricature de ce schéma est évidemment despotisme d’une part, bassesse – esprit d’esclave, et sensualité – de l’autre. Chacun des partenaires subit les deux tendances à la fois en vertu de la loi quaternaire ; le despote est aussi esclave, l’esclave est aussi despote. Il importe de prendre garde à cela dans tous les domaines de la vie, qu’il s’agisse de l’éducation, du pastorat, etc., pas simplement du rapport entre amants. C’est ainsi que l’Aufklärung s’est efforcée de cacher la « noblesse » (Erhabenheit) du christianisme pour n’en montrer que le côté doux et aimable – et du même coup n’attribuer la noblesse qu’au paganisme! Bassesse ou sensualité, et orgueil, nous tentent toujours en même temps bien que l’un l’emporte sur l’autre ; ils sont la caricature ou l’effet inversé, perverti, de l’humilité et de la noblesse, vrais constituants de l’être humain. Le christianisme nous a délivrés de ces deux perversions, pour faire de nous au moins théoriquement des êtres libres. ~ Antoine Faivre – Accès de l’ésotérisme occidental pp. 283-284

 

Chevaucher le tigre par Julius Evola, 1er partie

Chevaucher le tigre par Julius Evola, 1er partie

ORIENTATION

 

  1. Le monde moderne et les hommes de la Tradition.

Nous nous proposons, dans cet ouvrage, d’étudier quelques-uns des aspects de l’époque actuelle qui en font, essentiellement, une époque de dissolution, et d’aborder en même temps le problème du comportement et des formes d’existences qui, dans une semblable situation, conviennent à un certain type humain.

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Alexandre Soljénitsyne – L’Archipel du Goulag (Extrait 1)

« Que le lecteur referme ici ce livre s’il en attend une accusation politique. Ah, si les choses étaient si simples, s’il y avait quelque part des hommes à l’âme noire se livrant perfidement à de noires actions et s’il s’agissait seulement de les distinguer des autres et de les supprimer! Mais la ligne de partage entre le bien et le mal passe par le cœur de chaque homme. Et qui ira détruire un morceau de son propre cœur?…

Au fil de la vie, cette ligne se déplace à l’intérieur du cœur, tantôt repoussée par la joie du mal, tantôt faisant place à l’éclosion du bien. Un seul et même homme peut se montrer très différent selon son âge et les situations où la vie le place. Tantôt il est plus près du diable. Tantôt des saints. Mais son nom ne change pas et c’est à lui que nous attribuons tout.

Selon le précepte que Socrate nous a légué : Connais-toi toi-même!

(…)

Oui, toute sa vie, l’homme hésite, se débat entre le bien et le mal, glisse, tombe, regimpe, se repent, s’aveugle à nouveau, mais tant qu’il n’a pas franchi le seuil de la scélératesse, il a toujours la possibilité de revenir en arrière, il reste dans les limites de notre espoir. Mais quand il en franchit soudain le seuil, par la densité de ses mauvaises actions, leur degré, ou par le caractère absolu du pouvoir qu’il exerce, il s’exclut de l’humanité. Et peut-être sans retour. »

Réflexion du 6 juin 2018

Dans cette activité incessante du monde moderne où l’on prône la performance à votre travail, mais aussi dans notre vie de tous les jours, il est possible de mettre un frein à tout ce mouvement et d’apaiser notre cœur. La musique liturgique peut être d’un grand soutien pour y arriver. Prenons ces pièces par exemple :

Pourquoi ces pièces, et autres pièces semblables, nous font-elles cet effet ? Je crois que la raison est fort simple, ce n’est pas un type de musique qui engendre des émotions qui peuvent alimenter une passion; sensualité, révolte ou nostalgie par exemple. C’est une musique qui nous sort de nous-mêmes, de notre vie moderne, et nous amène ailleurs. Elle nous fait nous souvenir qu’il y a bien autre chose de possible, un autre monde à découvrir.

Réflexion du 3 juin 2018

Réflexion du 3 juin 2018

Voici un extrait de « L’archipel du Goulag » d’Alexandre Soljénitsyne, un livre qui raconte l’horreur communiste sous Staline :

Et voici comment les choses se passaient, voici un petit tableau de ces années-là. Une conférence du parti au niveau du rayon (dans la province de Moscou). Elle est présidée par le nouveau secrétaire du comité de rayon remplaçant celui qui vient d’être coffré. À la fin de la conférence, adoption d’une motion de fidélité au camarade Staline. Bien entendu, tous se lèvent (de même que, tout au long de la conférence, tout le monde a bondi de son siège à chaque mention de son nom). Des « applaudissement frénétiques se transformant en ovation » éclatent dans la petite salle. Pendant trois, quatre, cinq minutes, ils persistent dans leur frénésie et continuent à se transformer en ovation. Mais déjà les mains commencent à faire mal. Mais déjà les bras s’engourdissent à force d’être levés. Mais déjà les hommes d’un certain âge s’essoufflent. Mais déjà même ceux qui adulent sincèrement Staline commencent à trouver cela d’une insupportable stupidité. Cependant, qui osera s’arrêter le premier? C’est le secrétaire du comité départemental qui pourrait le faire, lui qui est debout à la tribune et vient de lire la motion. Mais il est tout récent, il remplace un coffré, lui-même à peur! Car, dans cette salle, parmi ceux qui sont debout et applaudissent, il y a des membres du NKVD[1] : et ils surveillent qui cessera le premier!… Et dans cette petite salle perdue, perdus pour le Chef, les applaudissements se prolongent pendant six minutes! sept minutes! huit minutes!… Ils sont morts! Ils sont fichus! Maintenant ils ne peuvent plus s’arrêter, jusqu’à ce qu’ils tombent d’une crise cardiaque! Au fond de la salle, dans la presse, on peut encore un peu tricher, frapper moins souvent, moins fort, moins furieusement : mais à la tribune, au vu de tout le monde!? Le directeur de la fabrique de papier locale, homme solide et indépendant, est debout à la tribune et applaudit, tout en comprenant à quel point la situation est fausse et sans issue. Il applaudit pour la neuvième minute consécutive! Pour la dixième! Il regarde le secrétaire d’un air abattu. C’est de la folie! De la folie collective! Se regardant les uns les autres avec un faible espoir, mais l’enthousiasme peint sur leur visage, les dirigeants du rayon applaudiront ainsi jusqu’à tomber, jusqu’à ce qu’il faille les emporter sur des civières! Même alors, ceux qui seront restés n’auront pas un tressaillement!… A la onzième minute, le directeur de la fabrique de papier prend un air affairé et s’assied à sa place. Ô miracle! où est passé l’indescriptible et irrésistible enthousiasme général? Tous s’arrêtent comme un seul homme au même claquement de main et s’asseyent à leur tour. Ils sont sauvés. L’écureuil à eu l’idée de sortir de la roue!…

Seulement, c’est de cette façon-là, justement, que l’on repère les esprits indépendants. C’est de cette façon-là, justement, qu’on les extirpe. La nuit même, le directeur de la fabrique est arrêté. On n’a pas de mal à lui coller dix ans pour un tout autre motif. Mais, après la signature du « 206 » (procès-verbal final de l’instruction), le commissaire instructeur lui rappelle :

« Et ne soyez jamais le premier à vous arrêter d’applaudir! » (Mais que faire? Comment donc s’arrêter?…)

Voilà ce que c’est que la sélection selon Darwin. Voilà ce que c’est que l’exténuation par la bêtise.

La loi selon laquelle les plus forts survivent est peut-être véridique chez les animaux, mais chez les hommes, le plus fort est bien souvent le premier à être persécuté. Cet extrait en est un bel exemple. Dans certaines situations, ce ne sont pas ceux qui font preuve du plus de force de caractère, ou d’indépendance d’esprit qui survivent, mais bien ceux qui se soumettent le plus docilement à l’ordre établi, malgré toute l’absurdité de la situation.

[1] Le NKVD était le « Commissariat du peuple aux Affaires intérieures », une sorte de police politique.