Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, Extrait I

Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, Extrait I

« On peut établir une comparaison avec le dogme du bouddhisme T’chan du Nord. « Tous les êtres possèdent à l’origine l’illumination spirituelle, de la même façon qu’il est dans la nature du miroir de briller. Si par contre les passions voilent le miroir, il est alors invisible, comme s’il était couvert de poussière. Si les mauvaises pensées sont maîtrisées et détruites selon les indications du Maître, elles cessent alors de se manifester. Alors l’esprit est éclairé, comme c’est sa nature propre, et rien ne restera caché. C’est comme le polissage du miroir…» (Tsung-mi). Cette phrase pourrait tout aussi bien se trouver dans un texte soufi, c’est-à-dire dans un texte de mystique islamique.

Lorsque le cœur est devenu un miroir pur, alors le monde s’y reflète tel qu’il est réellement, c’est-à-dire sans les déformations dues à la pensée passionnelle. D’un autre côté, le cœur reflète la vérité divine de façon plus ou moins directe, c’est-à-dire d’abord sous la forme des symboles (isharât), puis sous la forme des qualités spirituelles (çifât), qui sont la base des symboles, et finalement comme vérité divine (haqîqah). » ~ Titus Burckhardt – Aperçus sur la connaissance sacrée, p. 49

Alexandre Soljénitsyne – L’Archipel du Goulag (Extrait 1)

« Que le lecteur referme ici ce livre s’il en attend une accusation politique. Ah, si les choses étaient si simples, s’il y avait quelque part des hommes à l’âme noire se livrant perfidement à de noires actions et s’il s’agissait seulement de les distinguer des autres et de les supprimer! Mais la ligne de partage entre le bien et le mal passe par le cœur de chaque homme. Et qui ira détruire un morceau de son propre cœur?…

Au fil de la vie, cette ligne se déplace à l’intérieur du cœur, tantôt repoussée par la joie du mal, tantôt faisant place à l’éclosion du bien. Un seul et même homme peut se montrer très différent selon son âge et les situations où la vie le place. Tantôt il est plus près du diable. Tantôt des saints. Mais son nom ne change pas et c’est à lui que nous attribuons tout.

Selon le précepte que Socrate nous a légué : Connais-toi toi-même!

(…)

Oui, toute sa vie, l’homme hésite, se débat entre le bien et le mal, glisse, tombe, regimpe, se repent, s’aveugle à nouveau, mais tant qu’il n’a pas franchi le seuil de la scélératesse, il a toujours la possibilité de revenir en arrière, il reste dans les limites de notre espoir. Mais quand il en franchit soudain le seuil, par la densité de ses mauvaises actions, leur degré, ou par le caractère absolu du pouvoir qu’il exerce, il s’exclut de l’humanité. Et peut-être sans retour. »