‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose, Extrait I

‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose, Extrait I

« Les Malâmatiyyah forment une catégorie très particulière de contemplatifs, dont la caractéristique fondamentale réside dans la réalisation d’un degré spirituel élevé, grâce à l’exercice de l’humilité parfaite et à une pratique spéciale de mortification de son moi extérieur, pratique qui concerne toutes les situations de la vie quotidienne où il convient de montrer ses défauts et de cacher ses mérites, de manière à susciter le blâme (malâmah) d’autrui. Agissant de la sorte, le malâmati parvient progressivement à se détacher des contingences de la vie pour se consacrer entièrement à Dieu dans le secret de son cœur. Il faut préciser que certaines interprétations un peu trop poussées de ce concept de sainteté ont conduit quelques esprits inconscients, dans l’histoire du mysticisme islamique, à des excès et à des actes ouvertement hétérodoxes et hérétiques, réprimés avec dureté par les autorités religieuses. Il s’agit sans nul doute d’un concept très délicat, car, s’il est interprété à la lettre, il entraîne le sujet plutôt vers des actions impropres et illégales, alors qu’en réalité, dans les textes du soufismes classique, il concerne exclusivement la recherche du « culte sincère » (ikhlâs) de Dieu, pratiqué en tout lieu et dans n’importe quelle occasion, et pas seulement dans la paix de la retraire spirituelle, par le moyen justement de la constante auto-humiliation. » ~ G. Rocca – Préface d’Écrits pour La Gnose d’Abdul-Hâdî, pp. xx-xxi

Antoine Faivre – Accès de l’ésotérisme occidental (Extrait 1)

(…) L’idée d’où découle tout le reste est que dans le rapport normal entre les sexes, l’homme aide la femme à admirer, et que la femme aide l’homme à aimer ; la femme acquiert de la virilité, l’homme de la féminité. Tandis que dans le rapport sans amour elle l’aide à devenir serpent, il l’aide à devenir esprit d’orgueil luciférien. Dans ces deux cas, tendance centrifuge et centripète, donc échappée hors du Centre, schéma qui rend compte symboliquement de la forme du serpent! Ce schéma est ontologiquement fondé ; en effet, l’homme devait être à l’image de Dieu ; or, Dieu est par excellence milieu, donc l’homme devait lui aussi être milieu. Mais nous savons que dans chaque sphère coexistent une tendance centripète et une tendance centrifuge, et qu’il ne faut pas imaginer cela exactement comme un cercle avec son centre ; l’idée est plutôt que la tendance centripète correspond à une tendance vers la corporisation (Leibhaftigkeit), et la tendance centrifuge à un besoin de manifestation active (Lebhaftigkeit). Deux notions qui appellent des analogies sur divers plans. Ainsi, en amour l’homme est « noble » ou « grand » au départ, dans le sens d’élevé, auguste, mais la femme est « humble ». La caricature de ce schéma est évidemment despotisme d’une part, bassesse – esprit d’esclave, et sensualité – de l’autre. Chacun des partenaires subit les deux tendances à la fois en vertu de la loi quaternaire ; le despote est aussi esclave, l’esclave est aussi despote. Il importe de prendre garde à cela dans tous les domaines de la vie, qu’il s’agisse de l’éducation, du pastorat, etc., pas simplement du rapport entre amants. C’est ainsi que l’Aufklärung s’est efforcée de cacher la « noblesse » (Erhabenheit) du christianisme pour n’en montrer que le côté doux et aimable – et du même coup n’attribuer la noblesse qu’au paganisme! Bassesse ou sensualité, et orgueil, nous tentent toujours en même temps bien que l’un l’emporte sur l’autre ; ils sont la caricature ou l’effet inversé, perverti, de l’humilité et de la noblesse, vrais constituants de l’être humain. Le christianisme nous a délivrés de ces deux perversions, pour faire de nous au moins théoriquement des êtres libres. ~ Antoine Faivre – Accès de l’ésotérisme occidental pp. 283-284