Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga – Extrait II

Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga – Extrait II

« Il faut dire que les Grecs de l’époque classique ont été les premiers, avec leur empirisme scientiste, à priver la nature de sa majesté, sans toutefois la détrôner dans la conscience populaire. Il y a eu sans doute Dodone et d’autres sanctuaires en plein air, mais il ne faut pas oublier que le temple antique s’oppose à la nature vierge comme l’ordre s’oppose au chaos, ou la raison au rêve. Tel est évidemment le cas, à un degré quelconque et par la force des choses, de tout art humain, mais l’esprit gréco-romain a ceci de particulier qu’il est beaucoup plus attaché à l’idée de « perfection » qu’à celle d’ « infini » ; la « perfection » ou l’ « ordre » devient le contenu même de son art, au point d’exclure de celui-ci tout souvenir des Essences. – Sans doute, il faut compléter cette vérité partielle par une autre, positive celle-ci : l’un de nos amis nous a fait observer très justement que le Dieu grec, qui est « géomètre », n’a pas « créé », mais « mesuré » le monde, comme la lumière « mesure » l’espace ; or le temple grec, avec sa clarté, ses lignes droites, ses rythmes précis, « incarne » ou plutôt « cristallise » la lumière, et c’est en cette qualité qu’il s’oppose non à la nature comme telle, mais à la terre, donc à la matière, la lourdeur, l’opacité ; en d’autres termes, il ne marque pas qu’une systématisation abstraite et limitative, mais aussi une révélation de l’Intellect et une totalité. On pourrait faire la même remarque en ce qui concerne le Taj Mahal ou d’autres édifices islamiques de ce genre, avec la différence toutefois que, dans ces cas, la luminosité est conçue dans un sens moins « mathématique » et plus proche de l’idée d’infini. » ~ Frithjof Schuon – Shinto Bouddhisme Yoga p. 16