‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait VI

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait VI

« Les moralistes de la sentimentalité, Chrétiens, Bouddhistes ou autres, ont glorifié l’humilité. Soit, mais il ne signifie rien d’être humble ou non, puisque nous sommes tous néants. Ils ont fait de l’humilité une vertu, un but, alors qu’elle n’est qu’un moyen, un exercice et un entraînement. Elle n’est qu’une petite station sur la route, où l’on s’arrête selon les besoins du voyage. La vanité est une bêtise. L’humilité mal à propos peut l’être également.
(…) On comprend facilement que l’art de donner est le principal arcane du Grand Œuvre. Le secret de cet art consiste dans le désintéressement absolu, dans la pureté parfaite de l’âme de l’acte, c’est-à-dire de l’intention, dans l’absence complète de tout espoir de retour, d’un payement quelconque, fût-il dans l’autre monde. Il faut que votre acte ne ressemble en rien à un échange de bons procédés. Il est, par conséquent, plus parfait, plus pur de donner à ce qui paraît inférieur ou faible qu’à l’égal ou au plus fort. (…) Il est actuellement impossible de faire du bien à l’humanité sans aucune arrière-pensée utilitaire. La charité vis-à-vis du semblable est un devoir, un acte de précaution ou de haute prévoyance. Il peut difficilement contenir quelque chose fait « uniquement pour Dieu ». Le sentimentalisme laisse toujours une tache égoïste sur tout ce qu’on fait en son nom, ne serait-ce qu’en se parant de beaux motifs pour des actes fort simples. Les Malâmatiyah se donnent toujours une série de mauvaises raisons avant d’exécuter les belles actions qu’ils sont appelés à faire.
Le bien que l’on fait à un animal nous rapproche davantage de Dieu, car l’égoïsme y trouve moins son compte, au moins en des cas ordinaires. Le déplacement mental est plus grand, la conquête dans l’âme universelle est plus lointaine. Vous vous attachez aux êtres humains, ceux-là s’attachent à vous pour toutes sortes de raisons pratiques. » ~ ‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose pp. 92-94

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait V

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait V

« Le cinquième degré est occupé par « ceux qui s’inclinent », ceux qui s’humilient devant la Grandeur dominicale, qui s’imposent l’hiératisme du culte, qui sont exempts de toute prétention à une récompense quelconque dans ce monde ci ou dans l’autre. Ceux-là sont les Malâmatiyah. Ils sont les « hommes de confiance de Dieu », et ils constituent le groupe le plus élevé. Leur nombre n’est pas limité, mais ils sont placés sous la direction du Qutb ou de « l’Apogée spirituelle ». Leur règle les oblige de ne pas faire voir leurs mérites et de ne pas cacher leurs défauts. Néanmoins, ils agissent ouvertement, et ils évoluent dans tous les domaines de la « virilité spirituelle » (Er-rajûliyah). Ils ont dix « stations » auxquelles ils reviennent et desquelles ils parlent. Ce sont : la charité du Savoir, la sagesse, la prévoyance, l’art de juger la nature intime des personnes et des choses d’après des signes extérieurs, la glorification, l’inspiration, la « Grande Paix » (Es-Sakînah), la sécurité et l’élévation de l’esprit. Ils s’attachent aux noms divins suivants : Celui qui abaisse, Celui qui élève, Celui qui rend glorieux, Celui qui humilie, etc., etc. Ils discourent sur le contrôle des actes (par la purification des intentions), sur l’affinement de la piété, la contrainte des passions, l’absence de prétentions auprès de Dieu, la lumière sharaïte, etc., etc. Ils parlent aussi des différents « avertissements intérieurs » (El-Kawathir), le dominical, l’angélique, l’intellectuel, l’animique et le diabolique, ainsi que des différentes nuances entre l’avertissement dominical, celui d’Allah, et celui du Miséricordieux. Ils disent que le premier vient de la « Majesté » ; celui du Miséricordieux vient de la « Beauté », et l’avertissement divin vient de la « Perfection ». Le premier avertissement est toujours véridique, selon leur tradition. Chez le « disciple » (El-Murîd), il se manifeste comme l’interprétation exacte des signes extérieurs ; chez le « voyageur » (Es-Sâlik), comme « intuition » (Mokâshafah) ; et, chez l’« initié » (El-Ârif), comme « contemplation » (Moshâhadah). L’avertissement qui vient de la « Majesté » (El-Jelâl) efface et anéantit ; celui qui vient de la « Beauté » (Jamâl) affermit et fortifie ; celui qui vient de la « Perfection » (Kamâl) améliore et conduit dans le bon chemin. On se prépare à la « Majesté » par la « Constance » (Eç-Çabr), à la « Beauté » par la « Gratitude » (Esh-Shukr), et à la « Perfection » par la « Grande Paix ». Selon eux, le comble du Soufisme est la contrainte des passions, l’absence de prétentions, t’attachement aux noms et aux attributs de Dieu, ainsi que l’incarnation avec eux. Ils disent que le Soufisme, c’est l’humilité, la pauvreté, la « Grande Paix », et la contrition. Ils disent que « le visage du Soufi est abattu (mot à mot : noir) dans ce monde ci et dans l’autre », indiquant ainsi que l’ostentation tombe avec les prétentions, et que la sincérité de l’adoration se manifeste par la contrition, car il est dit : « Je suis auprès de ceux dont les cœurs sont brisés à cause de Moi ». Les invocations des Malâmites sont formulées par des paroles divines dont le sens littéral indique l’abstraction et la purification, comme : « Louange à Dieu l’Immense », « Louange au Roi Saint », etc., etc. Lorsqu’ils sont parfaits, ces noms, dans leurs invocations, ils voient ce qui leur manque, car « l’ordre vient du Sage, du Savant et du Bien-Informé par excellence ». Ce qu’ils possèdent en fait de Grâces provient de la source même des faveurs divines. Ils n’ont plus, alors, ni nom ni traits propres, mais ils sont effacés dans la « véritable prosternation ».

En second lieu, le mot « Malâmatiyah » désigne un des trois éléments fondamentaux de la religiosité islamite. Il constitue la « Voie supérieure » ou pragmatique, qui résume les deux autres : la « Voie intérieure » ou quiétiste, soufite, et la « Voie extérieure » ou exotérique, rituelle, morale et sociale. Le traité arabe que nous traduisons aujourd’hui prend « Malâmatiyah » dans ce deuxième sens.

Mais il y a aussi une congrégation religieuse, une « Tarîqah » du même nom. Elle est plutôt rare ; on ne la trouve guère qu’en Albanie, en Syrie et dans l’Inde. Autrefois, elle était puissante et répandue ; mais, démocratique et libérale, elle à été ruinée par la persécution gouvernementale. Son nom est toujours vénéré parmi les Dervishes de tous les ordres. Il est de la tradition malâmite de s’abriter chez les Naqshabendiyah et les Bektashiyah pendant les périodes difficiles. La ruine de cet ordre coïncide avec la décadence de tout le monde musulman. » ~ ‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose pp. 67-70

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait III

‘Abdul-Hâdî (John Gustav Agelii) – Écrits pour La Gnose, Extrait III

« Abul-Hassan Es-Shâdhilî nous met en garde contre ceux qui viennent nous inviter au trouble, car on prend la « Voie intérieur » pour aboutir au repos et non à l’agitation. Mohyiddin ibn Arabi traite d’exclusivistes, c’est-à-dire de fanatiques et d’égarés, ceux qui vous exhortent à être comme eux, à faire comme eux en tout, et ne respectent pas la liberté légitime de la personne. Tout vient de Dieu, la mécréance de l’infidèle aussi bien que la foi du croyant. Tout zèle en dehors de la chose publique est un geste inconsidéré, commis par des personnes qui ont une conception grossière de la puissance de Dieu. Il y a de l’impiété à intervenir, sans un motif légitime, – de préférence extérieur, – dans l’évolution des gens. Le délire du pontificat est un de ces énormes péchés antédiluviens, qui font considérer les misères de la chute adamique comme un bienfait, car c’est grâce à elles que les péchés de mortalité cosmique ne peuvent aller jusqu’à une certaine limite dans leurs conséquences. Au lieu de cataclysmes, on a les laideurs de la classe moyenne. Je n’ignore donc pas que c’est une chose grave que d’inviter les méditatifs à regarder le monde. Seulement, je ne veux troubler personne, ni faire aucune espèce de propagande pour mes opinions personnelles. Mais je considère que le monde est un livre de Dieu comme un autre. Ses signes sont partout, et nous en sommes. Tous Ses livres se tiennent et s’expliquent les uns par les autres, et ce qui est obscur dans tel passage peut trouver son explication dans un autre endroit.

                D’ailleurs, la différence entre le monde extérieur et le monde intérieur est illusoire. Ce qu’on appelle « la matière » n’est opaque que dans les « degrés » inférieurs de l’Existence. Plus on évolue, plus elle devient diaphane. En outre, elle a beau être opaque, elle est toujours significative. Que serait un livre sans papier ni lettres ? Du reste, dans presque toutes les langues, il y a des mots d’origine fort noble pour désigner le monde et même la matière. Or, rien ne reflète mieux la « Tradition primordiale » que l’étymologie.

                D’ailleurs, les neuf dixièmes des quiétistes sont de simples fuyards. Le monde étant plus grand que leur âme, ils cherchent à le rapetisser dans le but d’y paraître grands. Mohyddin est sévère pour eux, et il marque en coin ceux qui ne cherchent que le beau temps dans un petit monde artificiel.

                La vie est une obligation, nous sommes tous d’accord là-dessus. La décadence de l’Orient islamite coïncide avec la disparition des Malâmatiyah (la Voie pragmatique), et l’apparition des voies quiétistes, dont je me dispense de citer les noms.

                Il y a donc toutes sortes de bonnes raisons pour réagir contre le quiétisme, car son inaction vaut la pire des agitations destructives. » ~ ‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose pp. 30-32

‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose, Extrait I

‘Abdul-Hâdî – Écrits pour La Gnose, Extrait I

« Les Malâmatiyyah forment une catégorie très particulière de contemplatifs, dont la caractéristique fondamentale réside dans la réalisation d’un degré spirituel élevé, grâce à l’exercice de l’humilité parfaite et à une pratique spéciale de mortification de son moi extérieur, pratique qui concerne toutes les situations de la vie quotidienne où il convient de montrer ses défauts et de cacher ses mérites, de manière à susciter le blâme (malâmah) d’autrui. Agissant de la sorte, le malâmati parvient progressivement à se détacher des contingences de la vie pour se consacrer entièrement à Dieu dans le secret de son cœur. Il faut préciser que certaines interprétations un peu trop poussées de ce concept de sainteté ont conduit quelques esprits inconscients, dans l’histoire du mysticisme islamique, à des excès et à des actes ouvertement hétérodoxes et hérétiques, réprimés avec dureté par les autorités religieuses. Il s’agit sans nul doute d’un concept très délicat, car, s’il est interprété à la lettre, il entraîne le sujet plutôt vers des actions impropres et illégales, alors qu’en réalité, dans les textes du soufismes classique, il concerne exclusivement la recherche du « culte sincère » (ikhlâs) de Dieu, pratiqué en tout lieu et dans n’importe quelle occasion, et pas seulement dans la paix de la retraire spirituelle, par le moyen justement de la constante auto-humiliation. » ~ G. Rocca – Préface d’Écrits pour La Gnose d’Abdul-Hâdî, pp. xx-xxi